“Beyond The Shores (On Death And Dying)” est le troisième opus de ce groupe romain formé en 2013, faisant suite à « Quiescence » (2014) et à « Black Drapes For Tomorrow » (2017). Un opus présenté comme un single. Logique puisqu’il ne comporte qu’un seul et unique titre. Moins évident quand on découvre que cette composition esseulée dure plus de trente-huit minutes ! On ose à peine imaginer la durée d’un album composé de tels monstres…
Foin de ces questions de formats, fort secondaires au final. Demeure une œuvre objectivement ambitieuse, complexe, exigeante mais passionnante à découvrir. Les craintes concernant les œuvres monumentales, conceptuelles qui plus est (l’inspiration venant des travaux de la psychiatre Elisabeth Kübler Ross, excusez du peu !), ce sont respectivement la surabondance, la perte consécutive de points de repère et la boursouflure. Autant d’écueils que le groupe évite habileté.
Certes, les séquences sont nombreuses et les ambiances contrastées, leur agencement relevant presque d’une logique progressive. Pourtant, le fonds référentiel de SHORES OF NULL demeure bel et bien le Doom Metal à tendance mélancolique et gothique, avec un penchant pour les lourdeurs torturées propres au Doom Death Metal. Non seulement, chaque séquence possède une armature rythmique et/ou mélodique prégnante, mais la succession des dites séquences répond à une progression dramatique maîtrisée.
Aussi goûtera-t-on à des riffs austères et rêches, soutenus par une section rythmique qui développe une attitude dynamique et souple, quand bien même le tempo général demeure globalement lent. L’aridité relative des riffs se trouve fort judicieusement contrebalancée par un souci mélodique affirmé d’une part, par la clarté du mixage qui assure une exposition équilibrée de tous les éléments. Pour la bonne bouche, signalons des arrangements de piano et de violon.
Du côté vocal, l’alternance de registres s’avère également payante. Aussi assiste-t-on à une fort efficace répartition des rôles, entre un registre clair et modulé et à la perfection – idéal pour incarner la dimension gothique et mélancolique -, une tendance nettement plus caverneuse, quoiqu’articulée (Death Metal, quand tu nous tiens !), avec parfois quelques intonations plus aigres et fielleuses qui prouvent que le groupe ne méprise pas le Black Metal. Cerise sur le gâteau, du chant féminin enrichit ponctuellement l’offre, sans verser dans l’affectation, ni le maniérisme pénible.
Revenons à l’apparent paradoxe évoqué initialement, celui d’un single de plus de trente-huit minutes. Effectivement, après des écoutes réitérées de cet album, on ne conçoit pas une logique plus fragmentée, divisées en titres distincts. On se plaît au contraire à accepter le lâcher prise qui permet de se soumettre aux innombrables variations, maintenues par une cohérence stylistique imparable. Avec à l’arrivée une expérience riche et addictive pour l’auditeur audacieux.
Bravissimo SHORES OF NULL !
Alain Lavanne
Date de sortie: 27/11/2020
Label: Spikerot Records
Style: Doom Métal
Note: 18,5/20
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